François-Paul Journe - Haute horlogerie

JPEGMarseillais d’origine, diplômé de l’École d’horlogerie de Paris en 1976, François-Paul Journe conçoit et réalise des montres de haute horlogerie depuis bientôt 40 ans. Sa marque : F. P. Journe.

Il a reçu son premier prix « Le Balancier d’Or » à la convention de Madrid en 1989 et le plus récent en 2017, le prix « Hommage au talent » de la Fondation de la Haute Horlogerie.

- Pourriez-vous vous présenter, décrire votre parcours et pourquoi, en tant que Français, vous avez choisi de créer une manufacture en Suisse, haut lieu de l’horlogerie ?

Petit, je m’intéressais principalement aux moteurs de voiture et à rire avec mes copains, mes parents ne sachant plus que faire de moi m’ont envoyé à l’école d’horlogerie car un oncle y avait assez bien réussi. Après 2 ans à Marseille, j’étais trop sage (rires), on m’a transféré Paris où mon oncle Michel, éminent restaurateur d’horlogerie ancienne allait pouvoir me surveiller. C’est chez lui, en dehors des heures de cours, que j’ai enfin découvert quelque chose qui me passionnait vraiment, pénétrer dans le cœur mécanique des plus belles créations horlogères des grands maitres du XVIIIème siècle puisqu’il les restaurait. J’ai voulu tout savoir, connaitre l’histoire, comprendre, pour faire aussi bien qu’eux. L‘histoire, c’est comme les fondations d’une maison, si il n’y en a pas, tout s’effondre.

J’ai alors construit ma première montre de poche à Tourbillon, je n’avais que 20 ans. Je n’ai eu de cesse ensuite à fabriquer des montres à complication, des pièces uniques, pour des collectionneurs internationaux depuis mon atelier indépendant ou je m’installai un peu plus tard à Paris.

J’ai ensuite reçu de nombreuses demandes de maisons horlogères suisses pour le développement de mouvements à complication pour leurs collections. J’ai donc ouvert mon premier atelier d’horlogerie à Ste Croix en Suisse, puis un second à Genève. J’ai dû adapter mon expertise d’artisan sur-mesure à un procédé un peu plus industriel. Mais j’ai eu envie de créer ma propre collection de montres selon ma conception et ma vision de la haute horlogerie contemporaine reposant sur une tradition séculaire, offrant qualité et innovation, et j’ai présenté ma première collection à Bâle en 1999 avec le Tourbillon Souverain.

Vous avez opté pour la rareté plutôt que par la quantité. Qu’est-ce que qui vous anime ? Quelle est votre vision de l’horlogerie aujourd’hui et comment décrieriez-vous votre métier ?

JPEGOui bien sûr, je suis un artisan en haute horlogerie d’Art et je ne produis que des montres mécaniques de précision de très haute qualité, la production est donc plus rare. La quantité, c’est pour les marques industrielles. Mes montres sont intemporelles, très plates, efficaces, et précieuses, destinées à donner l’heure de façon précise, des montres qui auraient pu être portées à toutes les époques, avec des mouvements de haute horlogerie que seules quelques rares marques continuent à produire aujourd’hui, innovantes et immédiatement reconnaissables.

Pour moi l’indépendance est plus importante que tout. C’est un sacré parcours et cela ne rend pas la vie facile face aux grands groupes mais nous produisons une horlogerie tellement différente et les collectionneurs savent faire la différence. Je ne créée pas de montres pour faire plaisir à des actionnaires mais des montres pour faire plaisir à nos clients.

Dans notre Manufacture, nous produisons 95% de nos propres composants, incluant nos cadrans et nos boîtiers. C’est également pour rester indépendant que j’ai créé mon propre réseau de distribution avec neuf Boutiques en nom propre dans les villes les plus influentes.

L’horlogerie est un métier difficile et méticuleux, c’est un long et ardu chemin pour réussir, il faut être patient car il n’est pas possible d’aller vite sans faire de faute. Obstiné aussi, ne pas reculer devant les obstacles. Cela dit, mon métier est « inventeur en horlogerie » plus une touche originale dans le dessin visible d’une montre.

Quels conseils donneriez-vous à un Français passionné par le luxe et l’horlogerie en particulier, qui souhaiterait réaliser son rêve et venir travailler en Suisse chez un manufacturier ?

J’en connais beaucoup dans ce cas, ils sont pour la plupart dans des manufactures où le travail est segmenté.

Chez nous un horloger assemble sa montre de A à Z, fait les réglages et reste responsable du service après-vente durant toute la période de garantie. C’est quasiment unique dans cette industrie, mis à part pour les artisans fabriquant 20 montres par an.

Certains aiment les responsabilités et d’autres le travail à la chaîne, c’est leur choix personnel.

publié le 18/04/2018

haut de la page