Portrait du mois : Isabelle Graesslé, Théologienne

Isabelle Graesslé, Théologienne, pasteure en fonction jusqu’en 2004, directrice du Musée international de la Réforme de 2004 à 2016 a accepté de répondre à nos questions et de revenir sur son parcours, et les projets dans lesquels elle est engagée.

Isabelle Graesslé
Théologienne, pasteure en fonction jusqu’en 2004, directrice du Musée international de la Réforme de 2004 à 2016

• Pourriez-vous vous présenter et décrire votre parcours et la raison de votre arrivée en Suisse ?

Après des études de lettres classiques et de théologie à Strasbourg, ma ville natale, à Genève et aux Etats-Unis, je suis arrivée à Genève en 1987, il y a trente ans ! Mon doctorat en théologie en poche, je souhaitais trouver un poste de réflexion et de recherche que le protestantisme alsacien ne pouvait m’offrir. Un peu par hasard, un de mes professeurs m’indiqua une petite annonce de l’Eglise protestante de Genève. En y répondant, je ne savais pas alors que ma vie allait en être radicalement transformée. Recrutée pour ce poste de directrice du Centre protestant d’études, j’ai organisé nombre de rencontres, de conférences et de groupes de travail. J’ai pris ensuite la responsabilité de toute la formation d’adultes dans cette même Eglise avant de devenir modératrice des pasteurs. Parallèlement, j’ai été, pendant plusieurs années, chargée de cours aux Universités de Genève et Lausanne, notamment en études genre. Poursuivant le travail de recherche théologique, j’ai présenté une thèse d’habilitation à l’Université de Berne en 2004. Cette même année j’ai quitté l’Eglise pour devenir directrice du Musée international de la Réforme, ouvert en 2005, primé par le Conseil de l’Europe en 2007 et organisateur d’une des grandes expositions mondiales pour les 500 ans de la naissance de Jean Calvin en 2009.

• Lorsqu’en 2001 vous avez été élue modératrice de la Compagnie des pasteurs et diacres de l’Eglise protestante de Genève, vous êtes devenue la première femme à occuper cette fonction depuis sa création par Jean Calvin en 1541. A quoi correspondait cette fonction au sein de l’Eglise protestante ?

Lorsque Jean Calvin revient à Genève en 1541, après en avoir été chassé trois ans plus tôt, il organise les institutions genevoises, en particulier celles de l’Eglise et met sur pied un pouvoir partagé : l’autorité suprême est incarnée par le Consistoire (appelé aussi synode), sorte de parlement législatif composé de pasteurs et majoritairement de laïcs. Il met sur pied la Compagnie des pasteurs, auxquels s’ajouteront les professeurs de l’Académie en 1559.
Pendant des siècles, la Compagnie veille sur l’orthodoxie de ses membres, intervient dans la censure des imprimés, propose au Magistrat les pasteurs et les professeurs, organise le culte et l’enseignement, surveille la moralité publique et maintient les rapports avec les autres Eglises réformées. A partir du XIXe siècle, son rôle se limite drastiquement et au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1907, la Compagnie n’incarne plus que l’autorité théologique et spirituelle de l’Eglise.
Calvin avait, jusqu’à sa mort, exercé la charge de modérateur, de « pasteur des pasteurs » comme il aimait à se définir. De fait, il supervisait les pasteurs, veillait à leur santé spirituelle, traversait avec eux leurs crises personnelles et professionnelles et les représentait auprès du Consistoire et des autorités politiques. Une fonction « épiscopale » en somme mais qui, en ces temps de guerres de religion, ne pouvait être se définir comme telle. Devenue la première femme à succéder au premier modérateur, j’ai tenté de suivre mon illustre prédécesseur dans les différents aspects de cette charge, évidemment dans un contexte très différent de remise en question fondamentale du religieux.

• Quels sont aujourd’hui les projets dans lesquels vous vous engagez aujourd’hui ?

Après une vie professionnelle au sein d’une Eglise, puis d’une institution culturelle, j’entame une nouvelle étape, en tant que théologienne passionnée par son temps et ses mutations. Divers projets animent mon présent et dessinent mon futur ; tous se centrent autour du décryptage de ce passage fondamental qu’entame notre monde et que nous peinons à comprendre, étourdis à la fois devant la vitesse et la complexité de ce moment inédit.

• Quels conseils donneriez-vous à un Français qui souhaiterait s’installer en Suisse romande, et plus particulièrement à Genève ?

La proximité de la Suisse romande, et particulièrement de Genève, avec la France laisserait à penser que leurs frontières n’ont d’existence que géographiques. Ce serait mal connaître cette région et cette ville. De par son passé de ville refuge - notamment pour les Français - Genève a certes gardé un esprit d’ouverture au monde, comme le prouvent ses institutions internationales si bien implantées en son cœur. Mais Genève conserve également sa spécificité, son caractère, ses idiomes. Fièrement. Farouchement. Je suggèrerais donc aux Français qui comptent s’y installer de ne pas se comporter en terrain conquis mais de découvrir humblement ce qui en fait le sel, l’humeur et le charme. Pour cela, il faut accepter de se perdre dans ses quartiers si divers, de passer d’une rive à l’autre, de lire quelques auteurs locaux et de se couler dans cet esprit genevois si particulier, notamment en allant à la rencontre de ses habitants, au-delà des clans et des cercles fermés. La culture genevoise, certes marquée par l’empreinte calviniste, toujours très présente, y compris chez ceux qui ne viennent pas de cette origine, se définit par un subtil mélange entre tradition et ouverture. Seul le temps permet à cette alchimie d’opérer, y compris sur l’esprit français !

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publié le 02/06/2017

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