Romain Duriez, directeur de la CCI France-Suisse

PORTRAIT DU MOIS - A la tête de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Suisse depuis 10 ans, Romain Duriez est responsable de sa croissance, tout comme du développement de ses membres.

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Romain Duriez, vous êtes depuis 10 ans directeur de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Suisse. Pourriez-vous vous présenter, décrire votre parcours et comment vous êtes arrivé à cette fonction ?

Normand d’origine, j’ai grandi au Havre puis étudié à Rouen avant de partir vers différentes expériences. Universitaires d’abord en Allemagne ainsi que professionnelles au Royaume-Uni. J’ai poursuivi par la Suisse pour un premier passage en 2000 intégré à mon cursus universitaire, puis suis parti en Belgique pour mon premier emploi, au sein d’un cabinet d’étude néerlandais. Je suis revenu ensuite en France au sein d’une PME industrielle familiale, où j’étais en charge des marchés germanophones, ce fût une expérience très formatrice.
Fin 2003, je suis retourné en Suisse comme chef de projet à la CCI France Suisse. J’en ai repris la direction commerciale en 2005 puis la direction générale en 2008. Notre métier à la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Suisse est passionnant. Nous sommes quotidiennement au cœur des échanges économiques entre nos deux pays et ce sur l’ensemble du territoire avec notre siège à Genève, mais aussi des bureaux à Bâle et à Zurich. Notre double mission nous amène à agir pour les entreprises françaises déjà installées ici en Suisse - et elles sont très nombreuses. Nous avons pour mission de les fédérer, d’animer le réseau et d’informer ; c’est là la partie la plus visible de notre travail, mais nous servons également chaque année plus de 1’000 prestations de services à des entreprises françaises et suisses pour leur permettre d’accéder rapidement et facilement à l’autre marché. C’est un volet important de notre activité, qui représente les 2/3 de nos ressources, car la CCI France Suisse est une institution autofinancée à 100 %.

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Vous êtes responsable de la croissance et du développement des membres de la CCIFS. Au vu de vos années d’expérience, quel regard portez-vous sur la présence des entreprises françaises en Suisse Romande ?

Il est vrai que nous avons connu un développement important ces dernières années, avec aujourd’hui plus de 600 entreprises membres. Un des indicateurs est effectivement le nombre de nos adhérents, qui a doublé entre 2008 et 2017. L’autre, moins visible, est le budget de la CCI France Suisse qui lui, a quasiment triplé sur la même période. Ceci grâce naturellement au recrutement de nouveaux membres, mais également à la montée en puissance de nos services d’appui opérationnel aux entreprises et aux PME françaises en particulier. Nous les accompagnons quotidiennement sur le marché suisse, au travers d’opérations collectives sectorielles et de services d’appui individuel pour se développer, se structurer et s’implanter durablement sur un marché mature et souvent complexe.
En effet la Suisse, qui est en dehors de l’Union Européenne, est une Confédération avec 26 états ayant un certain degré d’autonomie, 4 langues nationales et des cultures marquées. Pour l’entreprise française l’approche est souvent complexe et mérite d’être accompagnée, la tendance pour beaucoup de PME est souvent de s’implanter en premier lieu en Suisse romande, en particulier pour les entreprises basées en Auvergne-Rhône Alpes ou en Ile-de-France par exemple, le tropisme peut être différent pour les sociétés du Grand Est et de Bourgogne Franche Comté. En tout état de cause le marché romand est restreint et constitue bien souvent une première étape, une sorte de test sur le marché suisse, avant de se développer outre-Sarine. Ainsi, il n’est pas rare que nous accompagnons les entreprises en deux phases, tout d’abord avec l’implantation en Suisse romande, et trois ou quatre années plus tard, un développement en Suisse alémanique par une succursale ou, de plus en plus régulièrement, une acquisition, ce qui permet sur un marché mûr de s’implanter et de se développer plus rapidement.

Le modèle économique de la CCIFS est de favoriser l’implantation en Suisse, apporter de la valeur en prestation de services et développer des réseaux d’affaires. Quels conseils donneriez-vous à un Français qui souhaiterait installer son entreprise en Suisse Romande ?

Le premier conseil - et nous ne le donnons pas pour décourager les entrepreneurs - est de prendre du temps pour bien comprendre le marché et bien appréhender la culture ou plutôt les cultures suisses, les schémas d’organisations professionnelles plutôt orientés sur un système de milice, la relation employé-employeur pensée comme un partenariat, la culture d’entreprise avec ses sphères de responsabilité bien déterminées et souvent une aversion pour le modèle du leader trop bruyant. Si nous parlons la même langue - en tout cas pour la partie romande - nous ne disons pas nécessairement les mêmes choses et il ne faut pas que cette proximité linguistique, géographique et culturelle d’un certain point de vue, masque aux yeux du français souhaitant installer son entreprise en Suisse romande les différences qui existent. Les échecs arrivent mais les succès sont nombreux. Le conseil est naturellement de se faire bien accompagner, d’observer le marché dans une logique de découverte au travers des rencontres avec les différents acteurs qui le compose et de bien adapter son modèle à un environnement légal, administratif et commercial différent de son marché d’origine. Dans tous ces domaines la CCI France Suisse est un facilitateur et nos équipes accompagnent quotidiennement les chefs d’entreprise. C’est une mission utile et stimulante, dont nous pouvons très rapidement apprécier les résultats.

publié le 08/06/2018

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